Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Grèce: le journaliste et l'affaire de la liste HSBC-Lagarde (source Médiapart)

Publié par The Algerian Speaker sur 31 Octobre 2012, 12:56pm

Catégories : #TCHIPA (Corruption) - srika et tutti quanti

Le scandale de l'évasion fiscale devient en Grèce une affaire de liberté de la presse. Jeudi 1er novembre, le journaliste Kostas Vaxevanis comparaîtra devant un tribunal d'Athènes. Accusé de viol de la vie privée et de publication illicite de données, il risque une cascade d'amendes, tandis que le journal qu'il dirige est menacé de fermeture pour avoir publié la « liste Lagarde/HSBC ».

Depuis deux ans, les Grecs, éreintés par des plans d'austérité à répétition, s'interrogent sur la réalité de la lutte contre l'évasion fiscale et l'ampleur de la fuite des capitaux. Au centre de cette préoccupation, figure la « liste Lagarde/HSBC ». En octobre 2010, Christine Lagarde, alors ministre des finances du gouvernement Fillon, transmettait à son homologue grec (à l'époque Georges Papakonstantinou) une partie des listings des détenteurs de comptes bancaires HSBC en Suisse. Cette liste, complément de la liste allemande mais aussi française (celle qu'avait brandie publiquement Éric Woerth, ministre du budget) contient les noms de Grecs et de sociétés grecques ayant des avoirs en Suisse. Aucune enquête n'avait alors été engagée par les autorités grecques.

Depuis un mois, la polémique est repartie de plus belle : pourquoi le gouvernement grec ne fait-il rien ? La « liste Lagarde », qu'il s'agisse de personnes ayant transféré des fonds en toute légalité ou pas, vient symboliser l'injustice des politiques d'austérité qui frappent en priorité les classes moyennes et l'incurie du gouvernement grec. L'actuel ministre des finances est allé jusqu'à affirmer que la liste était tout simplement perdue…

Samedi, le journaliste Kostas Vaxevanis a publié les 2 059 noms de la liste dans son nouveau magazine d'investigation, Hotdoc, un bimensuel créé il y a six mois. Kostas Vaxevanis est un journaliste connu en Grèce. Il a été notamment pendant une dizaine d'années à la tête de l'émission « La Boîte de Pandore », diffusée d'abord sur la chaîne publique Ert, puis sur une chaîne privée, Alpha, avant de revenir sur Ert jusqu'au printemps dernier.

Dans Hotdoc, il a publié des dossiers sur les liens de l'ancien premier ministre Konstantin Karamanlis (père) avec la CIA, sur l'affaire Akis Tsochatzopoulos – cet ancien ministre mis en cause dans une affaire de blanchiment d'argent –, sur les liens des médias avec le pouvoir… Le magazine est d'ordinaire tiré à 23 000 exemplaires, mais cette fois-ci, Kostas Vaxevanis a décidé avec son équipe – une dizaine de journalistes au total – de sortir un numéro spécial : 100 000 exemplaires ont été imprimés et sont partis comme des petits pains.

L'éditeur a aussitôt été poursuivi. Le soir même de la parution du numéro, samedi, les forces de police font une perquisition au journal. Puis elles se mettent à rechercher le journaliste et le cueillent finalement dimanche matin chez des amis. Kostas Vaxevanis est convoqué devant un tribunal dès le lendemain. Lors de cette première audition, Kostas Vaxevanis a demandé un report à jeudi, afin de préparer sa défense. Le journaliste s'inquiète pour l'avenir du journal. « Si je suis condamné, nous a-t-il confié, cela va faire jurisprudence et toutes les personnes nommées dans la liste pourront porter plainte. Cela signifiera la fermeture du journal. » Reporters sans frontières a déjà exprimé ses « plus vives inquiétudes » et dénonce un mandat d'arrêt « de toute évidence disproportionné ». Mediapart a rencontré lundi Kostas Vaxevanis. Entretien.

Pourquoi avez-vous décidé de publier cette liste ?

Je n'ai fait qu'exercer mon métier de journaliste. Comme le disait Orson Welles, tout ce qui contribue à révéler la vérité, que les autres cherchent à cacher, c'est du journalisme; le reste n'est que de la communication. Deux ministres ont eu la « liste Lagarde » entre les mains. Au lieu de la transmettre aux autorités afin qu'elles mènent une enquête et établissent sa véracité, à savoir si elle contient vraiment des fraudeurs fiscaux ou simplement des gens qui ont fait des dépôts, légalement, à l'étranger, ils ont commencé à jouer un jeu très grave, totalement hypocrite… Jusqu'à déclarer devant une commission parlementaire qu'ils l'avaient perdue ! Comme s'il s'agissait d'un banal CD acheté dans la rue… Mais tout cela est un mensonge, puisque nous avons mis la main sur cette liste.

Contrairement à ce que l'opinion publique attendait, on trouve peu d'hommes politiques dans cette liste…

Effectivement, mais si vous regardez attentivement, vous trouvez leurs amis, les gens qui les soutiennent, les gens avec qui ils sortent et dînent, les gens qu'ils aident à monter des sociétés… On trouve par exemple les noms de la famille Bobolas, qui possède la chaîne Mega, le journal Ethnos, le journal Imerissia, et plusieurs stations de radio. C'est aussi un des principaux entrepreneurs des chantiers publics du pays : c'est lui qui avait décroché le contrat pour l'autoroute Ethniki, les péages…

Kostas Vaxevanis.Kostas Vaxevanis.© (Reuters)

On trouve aussi le nom de Margellos, un ami du frère de Georges Papandréou et ami de Georges Papakonstantinou… Il y a aussi des armateurs, des sociétés comme Lamaras par exemple, qui a fait faillite en Grèce et qui s'avère avoir de l'argent à l'étranger ! On y trouve en outre de nombreuses sociétés qui ont touché des prêts bancaires en Grèce, puis qui ont placé de l'argent à l'étranger… Des entreprises qui parfois ne payent plus leurs employés depuis des mois…

Cette image comme quoi ce serait une liste d'hommes politiques, ce sont les politiques eux-mêmes qui l'ont créée, volontairement : il ont commencé à laisser filtrer des noms d'hommes politiques afin de créer cette image du « Tous pourris ». Une méthode populiste : le public a entendu ce qu'il avait envie d'entendre… Le but dans tout cela était de protéger les vrais coupables. Et de pouvoir exercer une pression sur les véritables noms de la liste. L'intérêt public n'intéresse pas ces hommes politiques qui ont eu la liste entre les mains ; ce qui les intéresse, c'est leur propre survie politique.

Comment avez-vous mis la main sur la liste ?

Nous avons reçu un courrier avec une clé USB à l'intérieur et une lettre expliquant qu'elle contenait la « liste Lagarde », actuellement à la disposition d'hommes politiques qui l'utilisent à des fins de chantage. Nous ne savons pas qui nous a envoyé ce courrier. Il fallait d'abord vérifier l'authenticité du document. Avec mon équipe, nous avons donc fait des vérifications auprès de plusieurs personnes citées dans la liste. J'ai été également en contact avec quelqu'un qui avait eu la liste entre les mains et nous avons croisé les données : il s'agit bien de la même liste.

Le procès reprend le 1er novembre. Comment allez-vous vous défendre ?

Tout d'abord, je vais faire valoir qu'il n'y a pas dans cette affaire de secret bancaire : le secret bancaire a été brisé par la France, ce n'est pas moi qui l'ai brisé. Ensuite, ce ne sont pas des données personnelles puisque nous n'avons pas publié les montants des dépôts bancaires. Le fait que quelqu'un a un compte bancaire n'est pas, en soi, une donnée personnelle : lorsque quelqu'un se rend à un guichet bancaire pour faire une opération par exemple, cela se passe en public…

Par ailleurs, nous ne disons pas que ces gens sont des voleurs : nous ne disons rien sur eux. La publication de la liste était accompagnée d'un article dans lequel nous expliquions que ces personnes avaient déposé de l'argent à HSBC, en précisant que cela ne signifiait pas que c'était illégal, ni que ce sont des voleurs ni qu'ils sont innocents… Dans de nombreux cas, cela dit, il est certain que ce sont des fraudeurs. Quand quelqu'un par exemple vend des tomates et qu'il a 5 millions d'euros sur son compte…

Notre travail n'est pas de chercher qui possède quoi, nous n'avons pas les moyens de le faire. Notre travail en revanche, c'est de libérer la Grèce de ce qui la mine : ce climat malsain, les chantages, le fait que l’ensemble des députés grecs apparaissent comme des voleurs. Tout cela ne peut que nous conduire à l'effondrement du système politique ! Avec cette publication, nous replaçons le débat public sur de vraies bases : puisque les ministres, les uns après les autres, disent ne pas savoir où est la liste, eh bien, la voilà ! Et voyons maintenant qui est innocent, qui est coupable…

Enfin, comme je l'ai déjà dit dans ma première déclaration au tribunal ce lundi, je ne suis pas le seul ni le premier à publier des noms. Les autorités grecques ont diffusé il y a quelques mois une liste de noms de femmes prostituées atteintes du virus du SIDA. N'est-ce pas une atteinte à la vie privée ? D'autres médias ont déjà publié des données bien plus personnelles que la « liste Lagarde » sans jamais être inquiétés.

N'est-il pas dangereux de publier ainsi une liste de noms ?

Le vrai danger est le suivant : s'il n'y a pas de justice aujourd'hui en Grèce, si l'on ne prélève pas l'impôt sur ceux qui ont de l'argent et l'ont sorti illégalement du pays, alors ceux qui ont faim, mais qui jusque-là respectaient les lois, vont commencer à commettre des meurtres ! C'est ça le danger. Ce n'est pas de publier une liste que certains responsables cachaient et de dire : faites une enquête, et dans cinq mois, nous saurons qui là-dedans a fait des choses illégales... Ça, c'est la catharsis.

HSBC est une banque parmi d'autres. N'existe-t-il pas d'autres listes, d'autres comptes grecs à l'étranger ?

Au total, on estime que 13 milliards d'euros ont été transférés sur des comptes étrangers ces dix dernières années. La « liste Lagarde » contient des comptes qui totalisaient, au moment où elle a été établie, 2 milliards d'euros. Il y a d'autres listes, d'autres banques, c'est certain. D'après mes informations, la banque HSBC était utilisée pour faire transiter des fonds. Ce n'était pas une banque d'épargne : les fonds d'épargne se trouvent probablement ailleurs. La « liste Lagarde » n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Votre arrestation est-il un signe que le journalisme en Grèce est en danger ?

Oui, je le crois. Le journalisme a toujours connu plein de problèmes en Grèce. D'un côté, depuis des années, les journalistes se prennent pour une partie du pouvoir et entretiennent des relations publiques avec tel ministre, tel député…, pour être bien placé dans le cercle du pouvoir. De l'autre côté, les médias sont tous endettés auprès des banques. Donc ils sont muselés pour tout ce qui touche à l'information financière. On essaie de faire taire les voix indépendantes. Il y a des gens, par exemple, qui m'ont conseillé de ne pas publier la liste…, me disant que tel ou tel est un ami… Nous sommes gouvernés par un système où s'imbriquent des hommes politiques, des entreprises, des banques et des journalistes : les uns font des choses illégales, les autres font des lois pour les couvrir, et il n'y a aucun média pour révéler tout cela, car ils sont payés et nourris par les autres.

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